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Alzheimer : à la recherche d’une hyperexcitabilité neuronale silencieuse

Le cerveau des patients atteints de la maladie d’Alzheimer peut présenter une activité électrique excessive, survenant principalement pendant le sommeil, qui pourrait accélérer la progression de la pathologie. Pourtant, détecter ces anomalies reste un défi considérable. C’est ce que relèvent des scientifiques de l’Université de Toulouse dans une étude publiée le 11 février dans Annals of neurology. Ils appellent à une standardisation internationale des méthodes de détection de ces décharges électriques pour lutter efficacement contre la maladie.

Ces anomalies électriques, appelées décharges épileptiques interictales (DEI), sont de brèves perturbations du signal cérébral similaires à celles observées dans l'épilepsie, mais qui surviennent sans déclencher de crise visible. Pour les détecter, les chercheurs ont recruté 30 patients atteints d'Alzheimer à un stade précoce, sans antécédent d'épilepsie, et 30 témoins appariés en âge. Tous ont passé une nuit complète où leur sommeil a été enregistré par électroencéphalographe (EEG) et vidéo. Les enregistrements ont ensuite été analysés en trois étapes par plusieurs experts indépendants, selon des critères standardisés. Un questionnaire clinique dédié a par ailleurs été complété par les patients  pour identifier leurs symptômes évocateurs de crises.

Les DEI n'ont finalement été confirmées que chez 3 patients sur 30, soit 10 % de la cohorte — bien moins qu'attendu au regard de la littérature scientifique, qui rapporte des taux allant de 6 à 75 % selon les études.
 

Malgré une méthode optimisée, la proportion de patients présentant ces anomalies reste faible, ce qui met en lumière à quel point leur détection non invasive est limitée, souligne Lionel Dahan, maître de conférences à l’Université de Toulouse au sein du Centre de recherches sur la cognition animale (CRCA/CBI – CNRS/UT). 


En pratique, la grande majorité des patients Alzheimer ne fait l'objet d'aucun dépistage pour ces anomalies électriques. Et lorsqu'un dépistage est réalisé, il repose sur des électrodes placées sur le cuir chevelu. Une méthode qui, selon des données combinant EEG de surface et électrodes intracérébrales, ne capte qu'environ 5 % des événements enregistrés en profondeur dans le cerveau, laissant ainsi passer inaperçues la grande majorité des anomalies. 

L'étude apporte néanmoins des pistes concrètes pour mieux cibler les patients à risque. Ceux présentant des DEI ou des symptômes évocateurs de crises souffraient davantage d'apnées du sommeil sévères et présentaient un volume réduit du précuneus, une région cérébrale postérieure impliquée dans les stades précoces de la maladie.
 

Le questionnaire clinique que nous avons mis en place et qui associe les aidants a par ailleurs permis d'identifier 27 % de patients rapportant des symptômes compatibles avec des crises, dont la majorité n'avait pourtant aucune anomalie confirmée à l'EEG, explique Anna B. Szabo, doctorante à l’Université de Toulouse au moment de l’étude au sein du CRCA et du Centre de recherche cerveau et cognition (CERCO – CNRS/UT). Cela suggère que les critères actuels de détection pourraient exclure de véritables événements épileptiques propres à la maladie d'Alzheimer. 


Ces résultats confirment que les troubles respiratoires du sommeil et certains profils d'atrophie cérébrale pourraient servir de signaux d'alerte pour identifier les patients à risque, et ainsi guider le dépistage en pratique clinique. L’étude plaide également en faveur d’une standardisation internationale des méthodes de détection et des critères diagnostiques dans cette population spécifique. Car l'enjeu est loin d'être anecdotique : traiter cette hyperexcitabilité cérébrale par des médicaments antiépileptiques comme le lévétiracétam a montré des améliorations cognitives significatives chez certains patients. Mieux dépister ces « courts-circuits » silencieux pourrait donc ouvrir une voie thérapeutique précieuse face à la maladie d'Alzheimer.
 
Cette étude est le fruit de la collaboration de plusieurs laboratoires de l’Université de Toulouse (CERCO, CRCA, ToNIC) et du CHU de Purpan, réunis au sein de la fédération Toulouse Mind and Brain Institute. Une partie de ses auteurs et autrices participera à la Semaine du cerveau pour des conférences, des ateliers et des ciné-débats.
Le programme de la Semaine du cerveau  
 
Références :
Refining Detection of Subclinical Epileptiform Activity in Alzheimer's Disease: A Case–Control Study and Call for a Consensus
Anna B. Szabo, Jonathan Curot, Fleur Gérard, Florence Rulquin, Rachel Debs, Claire Georges, Marie Denuelle, Amel Bouloufa, Béatrice Lemesle, Patrice Péran, Claire Thalamas, Emmanuel J. Barbeau, Jérémie Pariente, Lionel Dahan, Luc Valton.
Annals of neurology, février 2026

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