Après 70 ans de déclin, la biodiversité du fleuve Yangtsé se rétablit

La Chine a imposé en 2021 une interdiction totale de pêche sur l’ensemble du fleuve Yangtsé, ainsi que différentes mesures visant à améliorer la qualité de l’eau et des habitats. Elles ont permis de stopper 70 ans de déclin de la biodiversité sur le plus grand fleuve d’Asie. De plus, en l’espace de trois ans, la biomasse en poissons a plus que doublé et des espèces rares, comme le marsouin aptère ou le poisson tube, commencent à se rétablir. C’est ce que démontre une étude internationale, co-signée par Sébastien Brosse, professeur à l’Université de Toulouse, parue dans Science le 12 février.

Le Yangtsé – parfois appelé fleuve bleu – sillonne la Chine sur plus de 6 000 kilomètres, démarrant sur le plateau tibétain jusqu’à la mégalopole de Shangai, où il se jette dans la Mer de Chine. Il abrite une faune très diverse, avec des espèces emblématiques comme le marsouin aptère (Neophocaena asiaeorientalis) ou le poisson tube (Ochetobius elongatus), mais en déclin continu depuis plus de 70 ans. Pour endiguer cette chute des effectifs, le gouvernement chinois y a interdit la pêche depuis 2021, pour une durée de 10 ans. Ce projet est soutenu par un investissement de près de 3 milliards de dollars, nécessitant une coordination sans précédent pour retirer plus de 100 000 bateaux et réinsérer les 231 000 pêcheurs.

« Cette mesure a vite porté ses fruits, car seulement trois ans après sa mise en place, la biodiversité commence à se rétablir », détaille Sébastien Brosse, professeur à l’Université de Toulouse au sein de Centre de recherche sur la biodiversité et l’environnement (CRBE, CNRS/IRD/UT/Toulouse INP) et co-auteur de l’étude. Les scientifiques ont recensé la biodiversité présente sur 57 secteurs du fleuve sur deux périodes : une première de 2018 à 2020, et une seconde après l’application du moratoire, de 2021 à 2023.
 
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A gauche : le poisson tube, en danger critique d’extinction – le dernier stade avant l’extinction à l’état sauvage d’après l’Union internationale pour la conservation de la nature– a refait son apparition sur une dizaine des 57 sites étudiés. A droite : marsouin aptère à l'Institut hydrobiologique de Wuhan. Crédits : Sébastien Brosse.

Leur constat est clair : la biomasse de poissons a augmenté de plus de 200 % et il y a une hausse de 13 % de la richesse locale des espèces. « Autrement dit, la quantité de poissons a triplé en l’espace de quelques années, et on remarque une augmentation de la diversité en espèces sur la plupart les sites étudiés », explique Sébastien Brosse. Et de souligner : « on dénombrait 445 marsouins aptères en 2017, ils étaient 595 en 2022. » 

Si l’interdiction de la pêche est le moteur principal de l’arrêt du déclin de biodiversité, le succès de cette opération de conservation repose d’une part sur l’ampleur géographique de cette mesure qui s’applique sur l’ensemble du cours d’eau, et d’autre part par une gestion intégrée du bassin versant grâce à des actions massives en faveur la qualité de l'eau, de la restauration des rives et de la régulation du trafic fluvial.
 
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Le Yangtsé près de la ville de Wuhan. Malgré une forte anthropisation et un trafic fluvial encore important, la qualité de l’eau s’améliore comme en attestent les baigneurs. Crédit : Sébastien Brosse.

Malgré ces résultats prometteurs, les scientifiques restent prudents car les barrages, tels celui des Trois Gorges, l’un des plus grands du monde, continuent de fragmenter l'habitat et empêchent certaines espèces comme l'esturgeon chinois (Acipenser sinensis) d'accéder à leurs zones de reproduction historiques. De plus, de nouvelles menaces comme le changement climatique et le rejet de produits pharmaceutique dans le fleuve pèsent sur cet écosystème.

Néanmoins, ces résultats prouvent qu'avec une volonté politique forte et des ressources adéquates, il est possible de stopper la perte de biodiversité de l’un des plus grands fleuves du globe, bien que celui-ci accueille près d’un tiers de la population chinoise (450 millions d’habitants) et des mégapoles telles que Shanghai, Wuhan ou Chongqing. 

Cette réussite, récente et encore fragile, offre un modèle d’espoir pour la restauration de la biodiversité de nombreux fleuves du globe, tout particulièrement pour d’autres géants menacés, comme l'Amazone ou le Mékong.
 
Références :
Fishing ban halts seven decades of biodiversity decline in the Yangtze River
Fangyuan Xiong, Zhongyang Li, Sébastien Brosse, Julian D. Olden, Steven J. Cooke, Bo Yang, Ying Lu, Wenqi Gao, Wei Xin, Yushun Chen
Science, février 2026

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