Être écologiste au 21e siècle, ce qu’en dit la presse nationale depuis l’an 2000
Qu’est-ce qu’être « écologiste » ? A qui renvoie-t-on en employant ce terme ? Deux scientifiques de l’Université de Toulouse ont sondé la presse quotidienne nationale pour tenter d’y répondre. Leur rapport met en lumière des questions essentielles sur la représentation médiatique des écologistes, en particulier la visibilité des militants face à la prédominance des figures politiques.
Parmi ses observations, le rapport de recherche constate trois tendances :
-
Hors du champ politique institutionnel, les écologistes invisibilisés
Au début des années 2000, les articles de presse évoquent les acteurs institutionnels, comme les agences nationales ou les ministères, mais aussi ceux issus de la société civile, comme les organisations non-gouvernementales (ONG). Seulement, la mention de ces derniers va progressivement disparaître avec le temps, pour laisser davantage d’espace aux ministères. Parallèlement, les sources citées dans les articles ont évolué : d’abord dominées par des figures culturelles, elles ont progressivement laissé place à des experts scientifiques avant que les acteurs politiques et économiques ne monopolisent l’espace médiatique.
Selon Jules Dilé-Toustou, co-auteur du rapport et maître de conférences en sciences de l’information et la communication à l’Université de Toulouse, l’implication progressive des écologistes dans un parti politique leur a permis d’investir de façon croissante l’agenda médiatique. Le parti a d’ailleurs abandonné son nom ‘Europe écologie – Les verts’ et monopolise désormais l’appellation ‘écologiste’ comme dénomination officielle depuis 2023. Aujourd’hui, lorsque ces journaux parlent d’écologistes, c’est avant tout pour désigner des représentants politiques.
-
Priorité à la politique nationale, les accords internationaux au second plan
Cette période correspond à l’avènement de l’appropriation du développement durable par la sphère politique. Elle concorde également avec des débats autour de l’énergie nucléaire, développés avec le projet d’EPR mais également avec la question sur le stockage de ses déchets.
Au fil du temps, le cadrage géographique des articles de presse se fera davantage à l’échelle européenne qu’internationale. Les années 2010 sont traversées par la formule de « transition énergétique ». Les réflexions politiques convergent progressivement autour des mix énergétiques à adopter au sein de l’Union européenne et des réglementations. Le terme « antinucléaire » disparaît progressivement, marquant la fin d’un clivage. Enfin, depuis 2022, la crise énergétique impose un discours d’urgence.
Nous observons une rhétorique d’effort de guerre, où l’impératif d’action prime sur la réflexion, estime l’enseignante-chercheuse.
-
Un traitement médiatique uniforme et neutre
Il y a une constante que nous avons remarquée parmi les sept journaux : l’information est traitée de façon épisodique, constatent les deux scientifiques de l’Université de Toulouse. Leur couverture suit le rythme des faits et des échéances politiques, comme les élections ou la réforme des retraites.
Dans leur conclusion, les scientifiques posent l’hypothèse d'une déconnexion entre la base militante et les responsables politiques médiatisés. Ils interrogent la domination des partis politiques dans la médiatisation de l'écologisme et l'espace laissé aux autres formes, appelant à un débat plus inclusif.
Auteurs du rapport : Jules Dilé-Toustou et Catherine Quiroga Cortés.
Consulter le rapport

