Glaces en Antarctique
Glaces en AntarctiqueCrédit : Paul Carroll, depuis unsplash.com

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Une nouvelle estimation de la fonte des glaces en Péninsule Antarctique sur les 15 dernières années

La Péninsule Antarctique est une zone particulièrement vulnérable et critique face au changement climatique : la fonte de ses glaces contribue directement à la hausse du niveau des mers. Une nouvelle étude, coordonnée par le Laboratoire d'études en géophysique et océanographie spatiales (LEGOS-OMP, CNES/CNRS/IRD/UT), conclue à une estimation plus dramatique de l’amplitude de ses pertes de masse. L’étude, publiée le 22 mai dans The Cryosphere, l’évalue à près du double de la valeur communément admise.

Pourquoi la Péninsule Antarctique inquiète les scientifique


Au pôle sud, l’Antarctique forme un continent plus grand que l’Europe où la quasi-totalité des terres est recouverte d’une épaisse calotte glaciaire. Au cours des deux dernières décennies, la calotte Antarctique a contribué à près de 10 % de la hausse du niveau des mers, soit 0.4 mm par an. La Péninsule Antarctique, qui représente seulement 4 % de la surface totale de la calotte glaciaire du continent, est une zone particulièrement sensible : entre 1992 et 2020, elle a contribué à environ 15 % de la perte totale du volume de glace. Néanmoins, les estimations existantes de la perte de masse sont très différentes selon les méthodes employées pour la calculer. 

Une équipe scientifique internationale, coordonnée par le LEGOS, a compilé et analysé des centaines d’images satellite et des reconstructions de la topographie (modèles numériques de terrain) entre 2006 et 2008, ainsi qu’un jeu de données plus récent, également établi par photogrammétrie entre 2020 et 2022. « Avec cette méthode, nous avons pu générer des cartes de changement d’élévation avec une précision bien meilleure que précédemment », détaille Maud Bernat, doctorante à l’Université de Toulouse au sein du LEGOS. « Nous avons amélioré la résolution spatiale d’un kilomètre à 30 mètres. »

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Carte des données d’élévations obtenues avec l’imagerie satellite SPOT5-HRS. Creative Commons Attribution 4.0 License.

Des pertes deux fois plus importantes que prévu


Cette couverture inclut à la fois la calotte polaire et les glaciers périphériques, situés sur les îles voisines du continent. Résultat : entre 2007 et 2021, la Péninsule et ses îles auraient perdu 42 milliards de tonnes de glace par an, soit l’équivalent de 40 mille piscines olympiques chaque jour. Un tiers proviendrait des îles, le reste de la partie continentale avec 28 milliards de tonnes annuelles.

Ces pertes continentales sont nettement plus fortes que l’estimation communément utilisée de 15 milliards de tonnes par an, précise Maud Bernat. La haute résolution spatiale, sans précédent à l’échelle de toute la Péninsule Antarctique, permet d’observer les glaciers où les pertes sont concentrées.


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Carte des différences d’élévations entre 2007 et 2021 obtenues en comparant SPOT5-HRS et REMA. Creative Commons Attribution 4.0 License.


Ainsi, dans le nord de la Péninsule, plusieurs glaciers présentent des pertes de masse très importantes, qui résultent de leur réponse dynamique aux changements récents. Pour certains d’entre eux, l’amincissement atteint 4 m/an en moyenne sur le glacier, et plus de 20 m/an localement. Ainsi, une trentaine de glaciers seulement concentrent 80 % de la perte de masse observée. Au contraire, le sud-est de la Péninsule est l’unique région qui montre un léger gain de masse. Cette étude met en lumière les bénéfices de la haute résolution spatiale dans les zones côtières qui présentent une topographie complexe.
 

Références

Mass changes of the Antarctic Peninsula ice sheet and peripheral glaciers, 2007–2021
Maud Bernat, Etienne Berthier, Amaury Dehecq, Romain Hugonnet, Joaquin M. C. Belart, Naomi Ochwat, Peter Kuipers Munneke, Elizabeth Case, Ted Scambos, Louis-Marie Gauer, David Youssefi
The Cryosphere, mai 2026
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