Flash of lightning - 2015

Florence Carbonne · Sculpture lumineuse · Dimensions : 8 m de long × 3,5 m de large × 6 cm d’épaisseur · Université de Toulouse

Contexte

La construction de l'extension du Laboratoire National des Champs Magnétiques Intenses (LNCMI) est l'occasion de la création d'un nouveau 1% artistique en 2015. Sélectionné en juin, le projet de l'artiste toulousaine Florence Carbonne est validé en juillet et l’œuvre installée en septembre. En partant d'une forme plastique déjà existante et tirée de son répertoire, l'artiste mène tout un travail d'enquête et de réflexion pour l'accorder au lieu dans lequel l’œuvre prend place. Celle-ci se situe dans un espace de travail, le hall expérimental, sur un mur faisant face à un large espace de plus de 20 mètres de long sur 6 mètres de large et 5 mètres de hauteur, tout près des chambres de tirs.

Description

L’œuvre de Florence Carbonne naît de son expérience de terrain. Passant du temps avec l'équipe du laboratoire, elle a pu observer leur manière de travailler et s'initier quelque peu à leurs recherches. Si les discussions avec le personnel ont été déterminantes dans la genèse de l’œuvre, il en est de même pour l'observation du lieu en lui-même. L’étude attentive de l’architecture, des revêtements, des matériaux et de l’usage des locaux par l’équipe a conduit la recherche de l’artiste. Les résultats de cette investigation lui permettent alors d'en tirer une esthétique et une thématique adaptées à l'endroit : le flux, l'énergie.

Ce thème est proche de ses préoccupations habituelles tournées vers l'exploration physique et sensoriel de l'espace : celle-ci est expérimentée directement par le spectateur grâce à divers dispositifs que l'artiste met en place, en utilisant principalement la lumière. Pour « Flash of lightning », la lumière est à la fois outil et sujet de l’œuvre, forme et fond, puisqu'il s'agit de montrer physiquement l'énergie pure.

L’œuvre se présente sous la forme d'un éclair de lumière jaune en plexiglas, d'une épaisseur de 6 cm : signe graphique d’un arc électrique, d'un éclair, arrêté dans son mouvement, elle est la trace « fossilisée » d’un flux d’une énergie intense, qui produit la lumière, la chaleur et l’électricité. Partant d'une fenêtre de toit, le trait de lumière zigzague et se divise en embranchements, dont l'un forme un arc qui atteint et enserre le placard contenant le bloc électrique général, cœur central du laboratoire selon l'artiste. La sculpture fait donc le lien matériel entre l'énergie solaire « naturelle », à l'extérieur, et celle électrique « artificielle », à l'intérieur. Du bloc général partent ensuite des conduits transportant cette énergie à travers tout le bâtiment.

L’œuvre rend ainsi visible le flux énergétique qui habituellement circule de manière indiscernable dans des tuyaux, sous le sol, le long des murs ou au plafond. Par ailleurs, l'éclair s'adresse directement aux techniciens et aux chercheurs du laboratoire car, comme l'explique Florence Carbonne, il semblerait que c'est justement ce qu'il faut éviter de produire sous peine d'incident. Sorte de pied de nez, l’œuvre est un rappel de ce danger. Dans un lieu où sont manipulées des substances et des préparations dangereuses, les signalétiques de sécurité de couleur jaune, réparties dans tout le laboratoire, sont un signe d’avertissement. Visible de loin, la ligne sinueuse de « Flash of lightning » voudrait constamment rappeler ce principe de précaution.

Plastiquement, l’œuvre s'inscrit également en adéquation avec le lieu. Généralement, un éclair est de couleur blanche or l'artiste emploie ici le jaune et permet ainsi à « Flash of lightning » de se distinguer de la lumière blanche des néons. De plus, l'éclair reprend la teinte des lignes de démarcation au sol, des portes aux alentours et des étiquettes de signalisation, faisant ainsi ressortir visuellement toute pointe de même couleur aux alentours. Par ailleurs, le jaune se réfléchit dans le bleu canard du mur sur lequel la sculpture prend place et produit un halo vert qui attire le regard. Enfin, la ligne serpentine de « Flash of lightning » forme un contraste bienvenu avec son environnement industriel, géométrique, aux lignes sobres, et lui apporte du dynamisme coloré.

Cependant, l’œuvre refuse de se dévoiler complètement au premier regard : en partie cachée par une poutrelle en acier du plafond, elle nécessite du spectateur/usager des déplacements dans l'espace pour qu'il puisse la saisir dans son ensemble. En conséquence, celui ou celle qui la regarde est contraint(e) de sortir un instant de son trajet pour prendre le temps de tester différents points de vue et, qui sait ? pour voir d'un nouveau regard son environnement quotidien, ne serait-ce que l'espace d'un instant.
 

Biographie

Florence Carbonne vit et travaille à Toulouse. Diplômée de l'École nationale des arts décoratifs de Limoges, elle étudie également à l'École des beaux-arts d'Angoulême, avant de passer une licence d'art plastique à l'université Jean-Jaurès à Toulouse.

Elle présente son travail régulièrement en France et à l’étranger. Par ailleurs, elle est cofondatrice du collectif toulousain ALP (ALaPlage), au sein duquel elle collabore pendant une dizaine d’années.

Son travail plastique se déploie dans des installations interrogeant la notion d’espace et le rapport de l’œuvre à son public. S'appuyant sur les caractéristiques architecturales d’un lieu, sur son histoire, sur les rencontres humaines, techniques, événementielles qu’il produit, elle en propose, avec un minimum de moyens, une relecture sensible.

Dans ses premières œuvres l’artiste dessine dans le noir des volumes lumineux en projetant des points, des lignes, des courbes dans l’espace d’un lieu à l’aide d’un appareil à diapositives (exposition « L’effet film », en 1999). Elle travaille ensuite avec des fils en Nylon fluorescent tendus et éclairés à la lumière noire. Ces fils lumineux dessinent et découpent l’intérieur d’une salle. Par la suite, cette réflexion sur l'espace se décline avec l'emploi d'autres matériaux, comme le fil de fer et élastique (dans l'exposition « Triangle » en 2009) ou le son (l'exposition « Fata Morgana » en 2015). De plus, depuis 2008, l’artiste associe à ses créations le mouvement et l’intervention du corps par le biais de performances dansées (« Acte I » en 2008), provoquant ainsi des rencontres interdisciplinaires autour d’une pratique de plus en plus ouverte à l’échange.

Lors d'une intervention à Grisolles (82), dans une maison littéralement coupée en deux, Florence Carbonne crée, entre autres installations, une sculpture lumineuse symbolisant la faille qui traverse le bâtiment (exposition « Le pavillon », 2011). En 2012, elle la décline en une forme autonome et la présente sous le titre Fissure accompagnée d’une bande son Les Mouches et d’un relevé photographique La chambre noire. Formellement, « Flash of lightning » s'inscrit dans la lignée de ce projet.




 
Haut de page