Prolifération des algues sargasses : le rôle des fleuves écarté

Depuis 2011, l'Atlantique tropical est confronté à une prolifération massive des macroalgues Sargassum Natans et Sargassum Fluitans, avec de graves conséquences environnementales et socio-économiques. Une hypothèse propose que cette prolifération résulte d’une augmentation des apports en nutriments provenant des fleuves tropicaux, en réponse au changement climatique, à l'utilisation des terres et/ou à l'urbanisation croissante.

Une étude coordonnée par le LEGOS/OMP dans le cadre du projet ANR FORESEA et impliquant océanographes, hydrologues et biologistes, a cherché à évaluer le rôle des grands fleuves tropicaux sur cette prolifération. Les flux d’azote et de phosphore dissous et particulaires des trois plus grands fleuves de la planète (Amazone, Orénoque, Congo), ont été estimés mensuellement à partir de données in-situ et de données satellites acquis ces 15 dernières années par le SNO HYBAM. Les mesures montrent que l’évolution et la variabilité de ces apports de nutriments ne sont pas corrélées avec l’augmentation massive des Sargasses ou leur variabilité interannuelle. De manière complémentaire, les détections satellites de Sargasses ont montré que seulement 10 % de la biomasse annuelle de Sargasses était colocalisée dans des régions sous l'influence des panaches fluviaux. Bien que les effets de la déforestation et de la pollution sur ces grands bassins fluviaux soient très préoccupants, ces résultats indiquent que les changements hydrologiques et biogéochimiques qu’ils subissent ne sont pas les moteurs de la prolifération des Sargasses. L'origine des nutriments qui alimentent la croissance des Sargasses ainsi que les mécanismes de variabilité interannuelle restent à élucider.

Voir l'article en ligne sur le site de l'Institut national des sciences de l'Univers du CNRS et sur le site de l'IRD.
Algue sargasse, vue sous-marine,
© IRD - Laure André

À lire aussi

  • El Niño, une bouffée d’oxygène en sursis pour les espèces marines dans un océan asphyxié

    Au sud-est de l’océan Pacifique, les événements climatiques liés à El Niño permettent d’étendre provisoirement la zone habitable des espèces marines profondes. Seulement, ce bénéfice pourrait disparaître avec le changement climatique d’ici la fin du siècle. C’est le résultat d’une étude menée par des scientifiques internationaux, impliquant le Laboratoire d'études en géophysique et océanographie spatiales (LEGOS-OMP, CNES/CNRS/IRD/Université de Toulouse), publiée en juillet dans la revue Scientific reports.

  • La Nouvelle-Guinée : un refuge pour des centaines de nouvelles espèces de grenouilles

    Située au nord de l’Australie, la Nouvelle-Guinée compte parmi les régions les moins bien documentées biologiquement. Il est établi que l’île compte de nombreuses espèces de grenouilles mais il n’existe à ce jour aucune estimation précise. Une étude internationale menée par Flavien Ferreira, doctorant à l’Université de Toulouse au Centre de recherche sur la biodiversité et l’environnement (CRBE, CNRS/IRD/ToulouseINP/Université de Toulouse) révèle une diversité insoupçonnée de nouvelles espèces. Les résultats ont été publiés le 8 mai dans Frontiers of biogeography.

  • Comment l'instabilité climatique a façonné les premières civilisations du delta du Nil

    Le Nil, fleuve nourricier situé au cœur des civilisations de l'Égypte antique, a toujours fasciné l’humanité. Une équipe internationale, incluant le Centre de recherche sur la biodiversité et l’environnement (CRBE, CNRS/UT/IRD/Toulouse INP), a étudié l’évolution du delta du Nil durant les 8 derniers millénaires. Leurs résultats, publiés en deux articles en avril et mai 2025 dans Quaternary Science Reviews, permettent d’expliquer pourquoi l'agriculture a émergé plus tardivement dans le delta du Nil que dans les régions voisines du Levant, résolvant ainsi une énigme archéologique de longue date.

Haut de page