Bouger sans bouger : en avant pour explorer le système vestibulaire grâce à la stimulation électrique !
Au sein de notre oreille interne, le système vestibulaire joue un rôle essentiel. On lui doit par exemple notre sens de l’équilibre. Deux nouvelles études menées par le Centre de recherche cerveau et cognition (Cerco, CNRS/UT) et le CHU de Toulouse ont exploré la stimulation par de faibles courants électriques de cet organe. Leur objectif est de mieux comprendre les effets sur notre posture, notre perception des mouvements, ouvrant ainsi la voie à des applications cliniques prometteuses pour la réhabilitation des troubles de l’équilibre. Leurs deux articles ont été publiés dans Experimental brain research.
Alexandra Séverac Cauquil, maîtresse de conférences en neurosciences à l’Université de Toulouse au sein du Cerco, et son équipe ont publié dans un premier article une revue qui fait la synthèse de cette méthode prometteuse. Bien que connue depuis plus d'un siècle, la SGV connaît aujourd'hui un regain d'intérêt grâce à ses nombreuses applications expérimentales et cliniques.
La technique fonctionne en plaçant deux électrodes sur la tête, généralement derrière les oreilles, au niveau des mastoïdes. Selon la configuration utilisée, la stimulation peut cibler différentes composantes du système vestibulaire. « Le montage le plus courant provoque un déséquilibre que le cerveau interprète comme une inclinaison latérale », détaille Alexandra Séverac Cauquil. Cette activation artificielle permet d'explorer finement les mécanismes centraux de l'équilibre et leur interaction avec les informations visuelles et proprioceptives.
Les effets de la SGV sont multiples. Au niveau postural, « la stimulation induit une inclinaison du corps dans la direction de l’électrode positive, et ce de manière reproductible », précise Alba Langlade, doctorante à l’Université de Toulouse au sein du même laboratoire. « Elle provoque également des mouvements oculaires caractéristiques dont l'amplitude et la direction varient selon les paramètres utilisés. La SGV peut également induire des illusions de déplacement intenses et cohérentes, donnant alors l'impression de bouger alors que la personne reste immobile. »
Grâce à l’IRM fonctionnelle, dans le deuxième article, l’équipe scientifique a pu identifier les régions corticales activées par la stimulation mimant un mouvement vers l’avant. « L'insula, le cortex pariétal postérieur et l'aire hMT+, des zones situées à l’arrière du cerveau, se révèlent particulièrement impliqués dans l'intégration multisensorielle et la perception du mouvement. L’aire du cortex visuel V6 montre une spécialisation dans le traitement du mouvement vers l’avant, caractéristique de la locomotion humaine », souligne Sarah Marchand, également doctorante à l’Université de Toulouse et première autrice des deux articles.
La SGV suscite également un intérêt croissant pour ses applications cliniques. Les stimulations dites noisy, consistant à appliquer un courant de fréquence aléatoire de très faible intensité, ont montré des effets positifs sur la stabilité posturale. « Ces approches pourraient être particulièrement bénéfiques pour les personnes âgées, les patients post-AVC ou souffrant de troubles vestibulaires chroniques », rajoute Quentin Legois, kinésithérapeute vestibulaire au CHU et également doctorant à l’Université de Toulouse.
Ces deux publications mettent en lumière le potentiel de la stimulation galvanique vestibulaire comme outil d'exploration des mécanismes sensoriels et moteurs du cerveau humain, en recherche fondamentale tout en ouvrant des perspectives prometteuses pour la recherche clinique et la réhabilitation des troubles de l'équilibre.
A wide-ranging review of galvanic vestibular stimulation: from its genesis to basic science and clinical applications
Sarah Marchand, Alba Langlade, Quentin Legois, Alexandra Séverac Cauquil
Experimental brain research, avril 2025
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Visuo-vestibular integration for self-motion: human cortical area V6 prefers forward and congruent stimuli
Sarah Marchand, Marine Balcou, Philippine Picher, Maxime Rosito, Damien Mateo, Nathalie Vayssiere, Jean-Baptiste Durand, Alexandra Séverac Cauquil
Experimental brain research, mai 2025
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