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L’émergence de la monte à cheval : la modification génétique qui a tout changé

Le cheval a bouleversé le cours de l’histoire humaine. Par sa vitesse, il a permis de franchir d’immenses distances en un temps record ; par sa puissance, il a inauguré une nouvelle ère dans l’art de la guerre, celle des chars attelés puis de la cavalerie. Ces dernières années, le séquençage de génomes anciens a considérablement enrichi notre compréhension de l’histoire du cheval, en identifiant les steppes des bassins du Don et de la Volga comme le berceau de sa domestication, au milieu du troisième millénaire avant notre ère. Pourtant, les modifications génétiques qui ont transformé le cheval sauvage en cet allié domestique formidable pour les humains restaient encore largement méconnue. Une nouvelle étude dirigée par Xuexue Liu et Ludovic Orlando au Centre d’anthropobiologie et de génomique de Toulouse (CAGT, CNRS/UT), publiée le 28 août dans la revue Science, révèle une mutation génétique déterminante dans l’émergence de la mobilité équestre.

Les chercheurs ont entrepris de trouver des traces de sélection dans le génome de cheval qui pouvaient indiquer les choix opérés par les premiers éleveurs au moment même où ils le domestiquaient. Pour cela, il leur a d’abord fallu établir un modèle évolutif décrivant les changements démographiques qu’ont connu les chevaux depuis des millénaires. Ils ont ensuite cherché à repérer les modifications génétiques qui sont soudainement devenues particulièrement fréquentes au moment même de la domestication, il y a environ 4 700 et 4 200 ans. C’est là que la collection très fournie de génomes anciens de chevaux séquencés au cours des dix dernières années leur a été utile. Parmi les centaines de modifications génétiques analysées, l’une d’elles, associée au gène GSDMC, s’est révélée particulièrement marquante.

Très rare avant la domestication, cette mutation a rapidement gagné en fréquence jusqu’à devenir quasi universelle chez les chevaux domestiques, juste avant qu’ils n’entament leur expansion à travers l’Eurasie. Les chercheurs, en collaboration avec le professeur Jiang Lin de l’Institut de science animale à Pékin, ont ensuite étudié les effets biologiques de cette mutation.

Chez le cheval, elle modifie l’expression du gène et s’associe à une transformation notable de la conformation corporelle. Mais c’est chez la souris génétiquement modifiée que les implications de cette découverte se sont pleinement révélées : l’inactivation du gène GSDMC entraîne une colonne vertébrale plus plate, moins arquée, ainsi qu’une meilleure coordination des mouvements. Cette mutation aurait donc favorisé une conformation vertébrale propice à la monte, facilitant la transition vers une mobilité équestre. En somme, elle aurait joué un rôle déterminant dans l’adoption du cheval comme monture et dans l’avènement des civilisations cavalières.
 
Si la mutation du gène GSDMC éclaire d’un jour nouveau l’origine de la mobilité à cheval, elle n’est que l’une des multiples pièces du puzzle évolutif. Les chercheurs ont en effet identifié treize autres modifications génétiques qui, chacune à leur manière, ont façonné la relation entre les humains et les chevaux. L’une d’elles, d’ailleurs, a été sélectionnée avant même celle affectant GSDMC : elle aurait influé sur le comportement du cheval, peut-être en facilitant son interaction avec les humains, rendant l’animal plus docile ou coopératif. D’autres mutations, plus tardives, ont modelé son apparence, notamment sa taille.

Par exemple, les variations génétiques associées à une stature plus élevée ont vu leur fréquence augmenter dès l’âge du Fer, dans le sillage de l’émergence des premières cavaleries. Ce processus s’est poursuivi tout au long de l’Antiquité et du Moyen Âge, à mesure que les exigences militaires et les préférences des éleveurs façonnaient le cheval selon de nouveaux standards. Mais cette étude révèle aussi que de nombreuses mutations sélectionnées au fil des siècles restent à découvrir : la quête pour comprendre comment l'humain a transformé le cheval – et comment le cheval a, en retour, transformé l'humain – est donc loin de s’achever.
 
Ce travail a été mené dans le cadre des projets ERC PEGASUS et Horsepower, du projet Marie Skłodowska-Curie IF HOPE, du projet PRC Horsebackriding financé par le CNRS, du projet IRP AnimalFarm co-financé par le CNRS et l’Université de Toulouse, et par la Fondation Nationale des Sciences Naturelles de Chine. 
Références :
Selection at the GSDMC locus in horses and its implications for human mobility
Xuexue Liu, Yaozhen Jia, Jianfei Pan, Yanli Zhang, Ying Gong, Xintong Wang, Yuehui Ma, Nadir Alvarez, Lin Jiang, Ludovic Orlando.
Science, août 2025

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