Comprendre la santé orale grâce à une nouvelle unité de recherche pluridisciplinaire

La santé orale et la santé générale sont intrinsèquement liées : carie, diabète, cœur, rein, articulation… La bouche est la principale porte ouverte de l’organisme sur l’extérieur, elle est la première étape vers une santé plus solide et plus forte. Trop souvent négligée, la bouche, est un marqueur social fort. Créée au 1er janvier 2021, l’unité de recherche universitaire Évolution et santé orale (URU EVOLSAN) est le premier laboratoire de recherche publique en France s'intéressant à ce sujet à travers une approche pluridisciplinaire. Interview d’Olivier Hamel, Thierry Letellier (directeurs) et Denis Pierron, Florent Destruhaut (directeurs adjoints).

 

Pouvez-vous nous expliquer comment est né ce projet et quelles en sont les spécificités ?

L’émergence de notre thématique de recherche « Évolution et santé orale » est née de la rencontre en 2017 de spécialistes de la recherche en médecine évolutive et en santé orale. Devant la complémentarité évidente des approches et des collaborations, des projets communs combinant ces spécialités ont rapidement été lancés (encadrement de masters, thèses d’exercice, réponses à différents appels d’offres).
Partant du constat que la quasi totalité de la population se retrouve un jour ou l’autre sujette à une pathologie orale et qu’il n’existe pas d’unité de recherche spécifiquement dédiée à ce thème en France, nous avons décidé de présenter la création de cette nouvelle unité. Basé à la Faculté de chirurgie dentaire, le laboratoire est centré sur l’évolution, les traitements hybrides en médecine orale et l’analyse des pratiques qui sont des thématiques bien ancrées à Toulouse.

Nous abordons la santé orale par une approche intégrative, c’est à dire que les pathologies ne doivent pas être étudiées uniquement en fonction de leurs facteurs déclenchants (par exemple pour la carie, les bactéries) mais qu’elles sont aussi la résultante d’une mal-adaptation à un environnement donné et qu’il faut tenir compte à ce titre du contexte évolutif. De plus, l’unité de recherche présente une originalité : celle de promouvoir une recherche mêlant différents champs disciplinaires allant de la biologie, aux sciences humaines et sociales, en passant par les nouvelles technologies (intelligence artificielle, réalité augmentée, etc.)

 

Quels sont vos axes de recherche ?

La recherche à EVOLSAN est structurée en 3 axes.

L’axe 1 porte sur la médecine évolutive dont l’objectif est de comprendre l'influence du passé évolutif des populations humaines sur la diversité des phénotypes sains et pathologiques d'aujourd'hui. Les recherches se font en particulier sur les périodes de contacts entre populations : le rôle des migrations, le brassage et les échanges culturels. D’un point de vue sociétal, ces travaux devraient permettre une plus ample compréhension de l’histoire de la diversité humaine et proposer une médecine personnalisée pour chaque individu en fonction de ses pratiques culturelles et de son passé évolutif, inscrit dans son génome.

Les objectifs de l’axe 2 dédié à la médecine orale et aux traitements hybrides se déclinent à travers 3 approches principales : socio-anthropologie, recherche clinique et créations numériques.
L’approche socio-anthropologique porte sur l’utilisation des technologies convergentes en médecine orale : intelligence artificielle, biotechnologies, big data. L’approche de recherche clinique est destinée à évaluer, tant sur le plan biologique que sur le plan psycho-social, l’influence de dispositifs prothétiques. L’approche numérique, avec le développement de software d’intelligence artificielle, vise à améliorer le diagnostic et la prise en charge de patients présentant des douleurs oro-faciales chroniques.

L’axe 3 dédié à l’évolution des pratiques professionnelles vise à développer des travaux de recherche fondés sur l’évaluation des pratiques médicales de soins et de recherche. Ces travaux permettront une analyse critique et constructive porteuse de propositions ; c’est l’essence même de la recherche en éthique. Il s’agit de mettre en évidence les tensions, les conflits générés par nos pratiques de soins comme de recherche. En s’appuyant sur des méthodologies de recherche issues des sciences humaines et sociales, les solutions suggérées viennent d’une véritable réflexion de terrain.

 

Comment est structuré le laboratoire et qui sont les personnels qui le composent ?

L’unité regroupe une vingtaine de personnels, femmes et hommes, exerçant les métiers de chercheur, enseignement-chercheur, clinicien, ingénieur et technicien et étant affiliés à l’Université Toulouse III – Paul Sabatier, à l'Université de Paris, à l’Université de Lille, ou encore au CNRS et à l’Inserm.
L’unité ayant une identité pluridisciplinaire, leur spécialité s’étend des sciences de la vie aux sciences humaines et sociales en passant par l’aspect clinique.
De plus, les membres de l’unité EVOLSAN ont déjà noué des collaborations avec des équipes de recherche françaises, européennes (Allemagne et Suède), et nord-américaines (Etats-Unis et Canada).

 

Quelles sont vos ambitions pour les cinq ans à venir ?

L’ambition scientifique de cette nouvelle unité peut être synthétisée par la volonté de créer une structure transdisciplinaire d’étude de la santé orale. Nos expertises reconnues sont à l’origine de projets de recherche allant des aspects les plus fondamentaux à la clinique en favorisant les aspects sociétaux et psycho-sociaux. Ceci s’inscrit dans une démarche volontariste pour des actions de valorisation et de transfert afin de donner réellement corps au triptyque formation - recherche - valorisation.
À terme, les recherches menées devraient permettre de mieux comprendre le fonctionnement et la physiopathologie de la cavité orale et ainsi proposer une meilleure aide au diagnostic et surtout un traitement personnalisé des désordres temporo-mandibulaires.
D’un point de vue sociétal, la meilleure compréhension de l’histoire de la diversité humaine permettra entre autres de proposer une médecine orale personnalisée pour chaque individu en fonction de ses pratiques culturelles et de son passé évolutif inscrit dans son génome.

Voir le site internet d'EVOLSAN.
© Frédérique Ferrand

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