Culture de cannabis.
Culture de cannabis.Crédit : Matthew Brodeur, depuis Unsplash.com

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Consommer du cannabis augmente la fréquence des accidents vasculaires et la mortalité associée

Une équipe scientifique de l’Université de Toulouse s’est intéressée à la corrélation entre la consommation de cannabis et la survenue d’événements cardiovasculaires indésirables majeurs. La méta-analyse conduite à partir des études de « vraie vie » à l’échelle internationale montre que consommer du cannabis augmente la fréquence des accidents vasculaires et la mortalité associée. L’article qui en découle, publié dans la revue Heart fin 2025, a été récompensé en tant que finaliste du best paper award 2026 décerné à l’occasion du congrès international de cardiologie (ESC).

En une décennie, l’Organisation des nations unies a constaté à l’échelle mondiale une augmentation de 40 % du nombre de personnes consommant du cannabis ou de cannabinoïdes, ses formes dérivées. En France, selon l’Agence européenne sur les drogues (European union drugs agency, EUDA), plus de la moitié des adultes en aurait fait l’usage au moins une fois dans sa vie. Dans son rapport de 2026, l’EUDA souligne que plus de 6 % des adultes sondés de 18 à 64 ans ont répondu avoir consommé du cannabis dans le mois écoulé. Ce chiffre monte à 11 % pour les jeunes adultes de 18 à 34 ans.

Face à l’augmentation de cette prévalence, des scientifiques de l’Université de Toulouse ont évalué l’association entre sa consommation et la survenue d’événements cardiovasculaires indésirables majeurs (MACE). « L’évolution des profils de consommateurs dans le contexte international de l’évolution de la règlementation encadrant le cannabis fait craindre une augmentation du risque de complications sanitaires graves », estime Wilhelm Storck, auteur de l’étude, qui a réalisé ce travail au sein du Centre d’épidémiologie et de recherche en santé des populations (CERPOP, Inserm/UT) sous la direction d’Emilie Jouanjus, maîtresse de conférences et praticienne hospitalière de pharmacologie, à l’UFR Santé et dans le service de Pharmacologie Médicale du CHU.

Pour en avoir le cœur net, les autrices et auteurs ont réalisé une revue systématique avec méta-analyse. Leur recherche bibliographique s’est focalisée dans les bases de données scientifiques PubMed, Web of Science et Scopus, en incluant les études pharmacoépidémiologiques publiées entre 2016 et 2023. Parmi 3 012 références identifiées, 24 ont été retenues : 17 études transversales, 6 études de cohorte et 1 étude cas-témoins, toutes centrées sur la consommation de cannabis. 

Les résultats mettent en évidence une association positive entre l’usage du cannabis et plusieurs événements vasculaires. La méta-analyse permet d’établir le risque relatif dans plusieurs scénarios, c’est-à-dire la probabilité de survenue d’un MACE chez des personnes consommatrices par rapport aux non-consommatrices. 
  • Dans le cas des syndromes coronariens aigus, le risque relatif est de 1,29, soit un risque augmenté de 29 % chez les consommateurs.
  • Pour les accidents vasculaires cérébraux, le risque relatif est de 1,20, soit un risque d’AVC augmenté de 20 % chez les consommateurs.
  • Le risque relatif pour la mortalité cardiovasculaire est de 2,10, soit un risque augmenté de 110 % chez les consommateurs.
   

« Ces chiffres sont conséquents mais il faut garder à l’esprit que cette méta-analyse compile des études hétérogènes, avec des différences dans la définition et la mesure de l’exposition au cannabis, ainsi que le risque de facteur de confusion, parce qu’il est consommé avec d’autres substances, comme le tabac », souligne Emilie Jouanjus. « Nous appelons à la prudence dans l’interprétation causale de nos résultats. »


Néanmoins, cette étude a une force particulière : il s'agit de la première méta-analyse de ce type, menée avec un niveau d'exigence méthodologique inédit sur ce sujet et construite à partir de données de « vraie vie », c’est-à-dire des personnes qui consomment du cannabis dans leur quotidien plutôt que dans le cadre d’un essai clinique. Une approche qui permet de mieux refléter la réalité de la consommation de cannabis et des risques qui y sont associés. 

Ces résultats renforcent donc l'idée que le cannabis pourrait bien représenter un danger réel pour le cœur et les vaisseaux sanguins. Pour les scientifiques, le message est clair : les médecins devraient systématiquement penser à demander si leurs patients consomment du cannabis lorsqu'ils sont confrontés à un problème cardiovasculaire, même si les symptômes semblent inhabituels, en particulier chez les jeunes patients.
 

Références

Cardiovascular risk associated with the use of cannabis and cannabinoids: a systematic review and meta-analysis
Wilhelm Storck, Meyer Elbaz, Cécile Vindis, Amélia Déguilhem, Maryse Lapeyre-Mestre, Emilie Jouanjus
Heart, juin 2025
Lire l'article scientifique

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