Anneaux multiples dans les disques protoplanétaires : une planète pour les gouverner tous

Les observations récentes de disques protoplanétaires, ces systèmes planétaires en formation, dévoilent fréquemment des séquences d'anneaux sombres et brillants. Alors que ces structures sont souvent attribuées à de multiples planètes, des simulations numériques montrent qu’elles peuvent être générées par une seule Saturne qui se déplace par à-coups vers son étoile. Ces résultats publiés dans Monthly Notices of the Royal Astronomical Society (MNRAS) sont issus de travaux menés à l’Institut de Recherche en Astrophysique et Planétologie (IRAP – CNRS/CNES/UT3 Paul Sabatier).

De plus en plus de planètes sont détectées autour d’étoiles autres que le Soleil. Il existe même de nombreux cas de systèmes multiplanétaires, dont les planètes se sont formées pendant les jeunes années de leur étoile. Chaque disque protoplanétaire que l’on observe fréquemment aujourd’hui constitue donc une photographie précieuse d’un système planétaire en devenir, et leur compréhension est un enjeu essentiel pour modéliser la formation et l’évolution des planètes.

On observe très régulièrement des structures dans la lumière émise par la poussière des disques protoplanétaires. Ces structures, qui prennent souvent la forme d’anneaux brillants et sombres, sont les témoins figés de mécanismes dynamiques à l’œuvre et ont suscité beaucoup d’activité de la part des modélisateurs des disques protoplanétaires. Selon un modèle répandu, chaque anneau sombre correspondrait au sillon ouvert par une planète qui tourne autour de son étoile à une distance donnée. D’une part, il n’y a pas encore de preuve observationnelle de la présence de telles planètes, et d’autre part, l’interaction entre une planète et le gaz du disque protoplanétaire peut modifier rapidement la distance de la planète à son étoile. Prendre en compte cette migration planétaire peut donc apporter des informations plus précises quant à l’impact d’une planète sur l'émission des poussières, en radio notamment.
 
En haut : lumière émise par la poussière de quatre disques protoplanétaires observés grâce au radiotélescope ALMA. Crédit : Huang et al. (2018). On peut voir sur ces images des séquences d’anneaux brillants et sombres. En bas : Prédiction de l’émission radio de poussières perturbées par le déplacement saccadé d’une planète géante dans son disque. L’alternance d’anneaux brillants et sombres montre un constraste d’intensité observable avec la sensibilité actuelle d’ALMA.

Des simulations numériques d’un disque protoplanétaire de gaz et de poussières réalisées à l’IRAP ont permis de montrer que la migration intermittente d’une planète de type Saturne dans son disque est capable de générer des anneaux successifs de poussières millimétriques. Des calculs complémentaires de transfert radiatif dans la poussière, qui modélisent l’interaction entre les rayons lumineux de l’étoile centrale et les poussières du disque, ont par ailleurs confirmé que la présence de ces anneaux de poussières conduit à une alternance d’anneaux brillants et sombres dans l’émission radio. De plus, le contraste d’intensité obtenu entre anneaux brillants et sombres est détectable avec la sensibilité actuelle du radiotélescope ALMA.

Pour en savoir plus :
Intermittent planet migration and the formation of multiple dust rings and gaps in protoplanetary disks
G. Wafflard-Fernandez & C. Baruteau, MNRAS, 2020,
Doi : 10.1093/mnras/staa379

Contacts IRAP :
Gaylor Wafflard-Fernandez - doctorant UT3
Clément Baruteau - chargé de recherche CNRS

À lire aussi

  • Durée de la cristallisation de la croûte Archéenne fondue : le milliard !

    Le cœur de la plupart des continents est formé d’une croûte très ancienne, appelé craton, et datée de l’Archéen (entre - 3,9 et - 2,5 milliards d’années). Ces régions sont essentiellement composées de roches issues de magma et de sédiments ayant subi des transformations sous l’effet de fortes températures et/ou pressions. Leur formation est classiquement interprétée comme étant associée à la répétition de phénomènes tels que le panache mantellique (remontée de roches anormalement chaudes dans le manteau terrestre) ou la subduction (processus moteur de la tectonique des plaques). Néanmoins, ce paradigme est remis en question par des scientifiques des laboratoires Géosciences environnement Toulouse (GET-OMP – CNRS/IRD/CNES/UT3 Paul Sabatier) et GeoRessources Nancy (Université de Lorraine/CNRS/CREGU) sur la base d’un modèle thermique relativement simple. Leurs travaux sont publiés dans la revue Comptes Rendus Geoscience de l’Académie des sciences.

  • Après 70 ans de déclin, la biodiversité du fleuve Yangtsé se rétablit

    La Chine a imposé en 2021 une interdiction totale de pêche sur l’ensemble du fleuve Yangtsé, ainsi que différentes mesures visant à améliorer la qualité de l’eau et des habitats. Elles ont permis de stopper 70 ans de déclin de la biodiversité sur le plus grand fleuve d’Asie. De plus, en l’espace de trois ans, la biomasse en poissons a plus que doublé et des espèces rares, comme le marsouin aptère ou le poisson tube, commencent à se rétablir. C’est ce que démontre une étude internationale, co-signée par Sébastien Brosse, professeur à l’Université de Toulouse, parue dans Science le 12 février.

  • Pesticides et cancer : une étude révèle les mécanismes d’un risque environnemental et sanitaire

    Une nouvelle étude scientifique, publiée dans Nature Health, révèle un lien solide entre l’exposition aux pesticides agricoles présents dans l’environnement et le risque d’apparition de cancers. En combinant des données environnementales, des registres nationaux du cancer et des analyses biologiques, les chercheurs de l’IRD, de l’Institut Pasteur, de l’Université de Toulouse et de l’Instituto Nacional de Enfermedades Neoplásicas (INEN) du Pérou ont mis en lumière pour la première fois comment des expositions aux pesticides peuvent contribuer au développement de certains cancers.

Haut de page